Des bijoux en herbes tressées

 

A la recherche des " bijoutiers " de paille.

Les bracelets en herbes tressées sont faits dans le nord du Bénin. Nous quittons donc Cotonou, dans le sud et nous nous lançons dans la grande traversée sud-nord du pays. C'est une véritable quête qui commence, chaque personne rencontrée nous ayant envoyés vers la personne suivante. Et nous sommes ainsi allés de rencontres en rencontres.

 

 

A Natitingou, porte de l'Atacora, c'est Nana qui nous sert de guide. Elle est kabyle. Sa cuisine et son vin gris d'Algérie sont délicieux. Elle nous conduit chez maman Flore, qui tresse toute la journée des brins d'herbe colorés. Entre les bras de cette grand-mère aux doigts agiles, une petite fille de deux ans enregistre tous les gestes. On comprend comment se transmet une technique traditionnelle.


Maman Flore prépare un bracelet

 

 

 

Toutes deux appartiennent à l'ethnie des Bétamaribé, la seule ethnie qui tresse des bijoux parmi les 60 ethnies du Bénin. Les Bétamaribé sont des gens du nord, réputés intègres et ne discutant pas trop les prix. Ils sont voisins du Burkina Faso, dont le nom signifie : " pays des hommes intègres ".

 

Ce pays se distingue aussi par son habitat : les Tatasomba. Chaque colline est surmontée d'un petit château fort en terre rouge. Ce sont des fermes encloses et fortifiées, faites de quatre greniers à grains qui forment les tours. Le corps de la construction comporte deux niveaux : en bas vivent les bêtes, en haut, sur les terrasses, vivent hommes, femmes et enfants, sans plus d'abri que le vaste ciel d'Afrique.

 

 

L'herbe à tresser est récoltée à la fin de la saison des pluies, en septembre. Cette herbe très souple, appelée " patempaké ", ne devra pas se briser au cours du délicat et complexe travail de tressage. D'ailleurs maman Flore laisse les brins à tremper avant de les utiliser.

 

 

Il existe trois teintes naturelles : le rouge brun est extrait des feuilles de sorgho (ou mil). Le noir s'obtient par trempage dans les boues du marigot. L'écru est la belle couleur de la paille dorée.

Pour en savoir plus et rencontrer des acteurs du commerce équitable nous nous rendons au musée. M. Baba et Augustin de l'ONG " Les Mille Lucioles " nous parlent de Victor. Ce maillon essentiel de la chaîne équitable est introuvable. A la capitale sans doute. Suit-il toujours les artisans ? Ces artisans-paysans que sa mère, une Allemande aujourd'hui disparue, avait lancés sur la voie de la revalorisation des bracelets ? C'est difficile à savoir. Nous l'espérons de tout cœur, tant cet " intermédiaire " semble vital, entre les " bijoutiers " de l'Atacora et nous, les commerçants bénévoles venus de France.

 


A la recherche de Victor...

 

 

Nous décidons de nous enfoncer plus avant dans la région des tatasombas, sous la protection montagneuse de l'Atacora, pour tenter de rencontrer un artisan " équitable ". Nous avons la vague impression de chercher une aiguille dans une botte de foin.

 

 

 

A Manta pourtant on nous parle d'un certain Edmond, alphabétiseur et fabriquant de bijoux. En route donc pour Takotiéta et le hameau d'Akoutogabegou. Il faut l'écrire sinon impossible de s'en souvenir pour demander la route ! C'est d'ailleurs plutôt sur une piste qu'on se retrouve, plus défoncée que tout ce qu'on a vu jusque là.

 


Le pont est cassé...


IL faut contourner

 

Sous un arbre majestueux et solitaire, par un après midi plombé de soleil, un homme est là qui semble presque nous attendre. C'est lui, Edmond, l'artisan " équitable " que nous cherchions. Il existe, il est souriant. La conversation est chaleureuse bien que notre langage commun soit réduit à peu de mots. Nous comprenons qu'Edmond dépend entièrement de Victor, qui apporte les outils pour faire les fermoirs en cuir, qui vient chercher les bracelets, fait les prix, apporte l'argent. Edmond ne sait même pas à quel prix nous vendre le bracelet que Michel veut lui acheter en souvenir…

 


La piste se transforme en sentier


"Vous connaissez Edmond ?"


"Oui, c'est moi..."


Les outils confiés à Edmond par Victor

Mais l'essentiel est passé. A l'aide de gestes et de photos, j'ai pu expliquer cette réalité si forte et pourtant si improbable : que lui, sous son arbre béninois, et moi dans ma boutique française, nous sommes les deux extrémités d'une même chaîne : la chaîne solidaire et tangible d'un commerce plus juste qui relie les hommes.

 

Anne BAUCHERON - Arles (juin 2006)
Photographies Michel ou Anne

 

A propos du commerce équitable, voir aussi la page qui évoque les ananas séchés du Bénin

 

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