Proposition de fonctionnement
pour la correspondance scolaire

entre les classes du Bénin et les classes de France

Mettre en place une correspondance scolaire entre sa classe et celle d'un collègue éloigné peut être une expérience passionnante. C'est l'occasion de proposer des moments importants de véritable écriture à ses élèves, fortement connotés affectivement. Chacun écrit " pour de vrai " à un lecteur inconnu qu'il va apprendre à connaître au fil de l'échange de courriers. Cet exercice n'est pas nouveau car déjà en 1924 Célestin Freinet utilisait la Correspondance interscolaire : sa classe correspondait avec une autre classe, échangeant des textes, des lettres individuelles et collectives, des albums et autres productions des élèves. Cela suppose que les échanges soient réglés par un contrat, un contenu, une périodicité, une sécurité affective dont les maîtres sont les garants.

En juin 2005, dans le cadre du projet Galinette, je me suis proposé de mettre en contact des enseignants français qui voulaient organiser une correspondance scolaire avec des enseignants béninois qui auraient le même souhait. Depuis 1993, je me suis déjà impliqué dans divers projets de correspondances scolaires avec le Bénin. Je me permets donc de vous proposer un cadre de travail. Chacun est libre de s'en inspirer à sa guise.

Contrat : concernant la durée, il est souhaitable que les enseignants qui tentent cette expérience avec leurs élèves s'engagent pour l'année scolaire. Le un nombre d'envois reste à déterminer entre les deux classes.

Contenu : il me semble qu'il faille privilégier la lettre individuelle car c'est un travail riche et motivant pour l'élève. Ces lettres peuvent être accompagnées de travaux collectifs : exposés, journal scolaire, textes divers, lettre collective, albums et autres productions de la classe. Dans les toutes petites classes, on peut écrire une lettre collective et réaliser des dessins individuels. Chaque dessin peut être enrichi d'une phrase ou d'un petit texte en fonction des possibilités des élèves.

Périodicité : le suivi de la correspondance à un rythme régulier est une chose essentielle. Sans suivi, l'attente des élèves est déçue, l'intérêt s'émousse et le projet est rapidement abandonné. Un échange mensuel est souhaitable. Il est difficile et coûteux d'organiser plus d'un échange par mois. De novembre à juin il me semble intéressant et possible d'organiser 4 à 8 échanges de courriers.

Sécurité affective : chaque élève doit recevoir son courrier et y répondre. L'enseignant doit donc veiller à ce que chacun ait écrit à son correspondant avant d'envoyer le courrier. En cas d'absence d'un élève, on peut demander à un camarade qui a terminé son travail d'écrire un petit courrier pour informer le correspondant. Il est rare que deux classes qui s'écrivent aient le même nombre d'élèves. Pour que chacun ait son correspondant, l'enseignant qui a la classe la moins chargée va devoir confier à ses élèves les mieux disposés deux, voire trois, correspondants. Pour s'y retrouver, je vous conseille d'utiliser une grille récapitulative à chaque envoi (voir modèle proposé). Il n'est pas question de censurer les textes des élèves mais au cours de la correction du brouillon, le maître peut suggérer quelques modifications afin d'éviter les mots qui peuvent blesser. Respecter son interlocuteur c'est aussi un apprentissage…

Organisation pratique de la correspondance au sein de sa classe

Objectifs pédagogiques :

Outre l'objectif majeur d'ouverture et de connaissance entre deux peuples, cette activité est l'occasion de travailler de façon concrète avec les élèves dans les domaines suivants :
· expression écrite (la lettre fait partie des programmes en France et au Bénin)
· orthographe, vocabulaire, grammaire et conjugaison
· écriture, calligraphie et présentation soigneuse de son travail
· possibilité d'aborder des thèmes transversaux en géographie, sciences, instruction civique, etc.


Voici une proposition concrète et pratique pour lancer la correspondance dans votre classe :

1ère séance: (mise en train collective ou phase d'enrôlement) L'enseignant expose le projet aux élèves. Il en profite pour faire le point des connaissances au sein de la classe et organiser une recherche d'informations sur le pays concerné.

2ème séance: (présentation de la lettre) Si la phase d'enrôlement est réussie, les élèves sont très motivés. Le maître en profite pour leur apprendre la manière de présenter une lettre en respectant la norme. Au cours d'une phase collective et orale, les élèves proposent un contenu qui sera négocié par la classe et le maître joue le rôle de secrétaire. Il écrit la lettre au tableau en explicitant sa mise en forme. Cette lettre collective est recopiée par tous les élèves. La classe peut choisir par vote la plus belle lettre qu'on enverra aux correspondants. Cette lettre collective sera accompagnée de toutes les autres lettres individuelles qui seront réalisées pendant la séance 3.

3ème séance : (La lettre individuelle de présentation) Il faut faire écrire à chaque élève une lettre dans laquelle il va se présenter à son futur correspondant en respectant les normes de présentation de la lettre, comme cela a été vu à la deuxième séance. Le maître peut faire rappeler la norme de présentation et en laisser une trace au tableau. De même, il peut noter les consignes suivantes au tableau :

Mon courrier respecte la norme de la lettre et le texte comporte ces 3 parties :
. Je me présente (nom, prénom, âge, mes goûts, ma famille, ma maison, mes occupations, etc.)
. Je raconte, par exemple je parle d'une activité qui me plait beaucoup...
. Je pose des questions.

Ce troisième point est très important car c'est lui qui va induire et motiver la réponse du correspondant.

Conseils pratiques pour un fonctionnement efficace : la lettre est d'abord écrite sur le cahier de brouillon. Il faut sauter des lignes afin de permettre la correction. Le maître laisse un temps à ses élèves et en profite pour commencer la lettre qu'il enverra à son collègue. Puis il circule dans la classe pour aider les élèves " en panne d'inspiration ". Lorsqu'un élève a terminé son brouillon, il le dépose sur le bureau du maître et prend en échange une feuille de type A4. Sur cette feuille, il peut commencer au dos un dessin qui accompagnera sa lettre. Cela enrichit le travail et occupe agréablement les élèves qui ont terminé.
L'enseignant commence à corriger les brouillons dès que le premier cahier est posé sur son bureau. Il appelle les élèves un par un, dans l'ordre d'arrivée des cahiers et corrige leur brouillon avec eux. Lorsque le brouillon est corrigé, l'élève repart à son bureau pour la mise au propre (au dos du dessin pour économiser du papier et faire en sorte que la lettre pèse moins lourd).

Cette façon de procéder permet d'obtenir une lettre (accompagnée de son dessin) pour chaque enfant, en une demi-journée. L'essentiel étant que le maître ait pu corriger tous les brouillons. Les plus lents peuvent mettre leur lettre au propre à la maison et la rendre le lendemain. Quand le maître a en sa possession toutes les lettres individuelles (la sienne comprise) et la lettre collective, il expédie le tout dans une grande enveloppe. L'envoi groupé revient bien moins cher que l'expédition d'un nombre important de lettres individuelles. C'est aussi un moyen de contrôler que tout le monde a fait son travail.

4ème séance (et les suivantes) : (Lettre individuelle de réponse) Lorsque la première réponse des correspondants arrive, le maître laisse un temps de lecture personnelle. Il organise ensuite un débat pour faire le point des informations. Ce peut être l'occasion d'expliciter certaines tournures de phrases, certains mots et de faire des recherches en vocabulaire. Pour que chacun ait de quoi raconter à l'écrit, le maître peut proposer un thème collectif comme : l'histoire et la géographie locale, la description du lieu de vie, les traditions, la cuisine, la vie familiale, le logement, les activités agricoles, artisanales ou culturelles, la santé, la flore, la faune, etc. Un échange à l'oral est nécessaire avant de lancer les élèves sur la tâche d'écriture.

Il peut donner des contraintes de longueur du texte et noter les consignes suivantes au tableau :

Mon courrier respecte la norme de la lettre et le texte comporte ces 3 parties :
. Je réponds aux questions de mon correspondant ;
. Je raconte ;
. Je pose des questions.

REMARQUES

Pour faciliter le travail de correction du maître et favoriser la coopération entre enfants, chaque élève peut faire corriger son travail une première fois par son voisin ou son groupe de travail, avant de le montrer à l'enseignant.

Il faut éviter de donner un modèle trop précis de lettre individuelle à ses élèves (polycopié à remplir ou modèle à recopier au tableau). Les enfants qui reçoivent ce type de lettre sont généralement déçus et l'activité perd tout son intérêt.

Il est arrivé que des enseignants français se plaignent du fait que certains élèves béninois considéraient leur correspondant comme une sorte de "père noël" et lui demandait des choses difficilement concevables : de l'argent, une chaîne hi-fi, une bible, etc. Si le niveau de vie des élèves français est bien supérieur à celui des élèves béninois, il est impossible d'honorer de telles demandes. De plus, cela va à l'encontre de l'esprit que nous essayons de développer et aboutit souvent à l'abandon des échanges.

La lettre entre les maîtres : pour la plupart des enseignants français l'intérêt majeur de ces échanges réside surtout dans la correspondance entre les élèves. Au Bénin, c'est parfois un peu différent : en raison des pratiques pédagogiques en vigueur, des effectifs d'élèves et des moyens financiers différents, certains maîtres trouvent que ces échanges sont difficiles à mettre en place et préfèrent se contenter d'un échange entre enseignants. Pour que personne ne soit déçu par cet échange je conseille aux enseignants béninois de ne pas négliger la correspondance de leurs élèves et aux enseignants français de veiller à la qualité du courrier qu'ils adressent à leurs homologues (un simple bristol est mal perçu).

Problèmes financiers : un échange de courriers entre deux classes a un coût non négligeable. On peut prévoir qu'il faudra une ramette de papier A4, des grandes enveloppes et que les frais postaux s'élèveront à environ 20 000 francs CFA (30 euros) pour une moyenne de six échanges. En France, les maîtres peuvent facilement prélever cette somme sur la coopérative scolaire. Au Bénin cela peut s'avérer plus compliqué et risque de mettre l'enseignant en difficulté. De même, si les enseignants veulent effectuer un échange de photographies, ils doivent savoir que les appareils numériques et Internet ne sont pas encore suffisamment développés au Bénin pour permettre de tels échanges. On trouve en France des appareils photo à usage unique qui permettent de réaliser des vues de qualité suffisante à un coût raisonnable. Lorsque ma classe échangeait avec une classe du Bénin, nous envoyions un appareil neuf par la Poste. Le maître béninois effectuait des vues de ses élèves, de l'école, etc. Il nous renvoyait l'appareil avec le courrier des élèves et nous développions les photos en double exemplaire. Cette solution n'est pas aussi compliquée qu'il y paraît et permet d'enrichir l'échange.

Je vous souhaite de belles rencontres au travers de vos échanges.

Michel Bourbao, Porto-Novo le 10 novembre 2005

 

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