Coup de gueule !

 

Avez-vous déjà demandé un visa pour la Mauritanie ? Si vous comptez en demander un en France, sachez que c'est une mauvaise idée car il commence à courir dès le jour de la signature. Donc un visa d'un mois que vous demandez le 1er juin est déjà périmé le 1er juillet… Rassurez-vous il vous reste deux solutions : le demander au poste frontière et payer 50 euros (pour un visa valable un mois) ou le demander au consulat de Mauritanie à Casablanca (son coût était récemment de 100 dirhams, soit 10 euros, mais il vient de passer à 200 dirhams, soit 20 euros). Nous avons opté pour cette dernière solution.

Nous avions pris la précaution de bien nous informer à l'avance sur la localisation du consulat, ses horaires et les conditions de dépôt de la demande.

Le consulat se trouve au sud de Casablanca, dans une villa du quartier Beau séjour, près du camping OASIS, 300 m après un grand building avec les vitres noires qu'on aperçoit depuis l'autoroute. Son adresse exacte est : 382 route d'El Jadida. Ses coordonnées GPS sont : N 33 °33'72 W 07° 38'69. Ses coordonnées téléphoniques sont : (022) 25.73.73 et/ou 25.78.78. Il est ouvert du lundi au jeudi de 8h00 à 17h00 et le vendredi de 8h00 à 12h00. Une pause repas a lieu entre 13h00 et 14h00. Il faut apporter son passeport, 2 photos non scannées, la photocopie des premières pages du passeport : celle avec le numéro et celle avec la photo, plus 200 dirhams marocains.

Munie de ces informations, Corinne est arrivée à 9h00 pour commencer les formalités (pendant ce temps je faisais changer un pneu, je l'ai rejointe ensuite) elle n'a pu sortir du consulat qu'à 10h30. L'employé qui s'était chargé de notre demande nous a demandé de venir retirer les visas à 12h00. Nous sommes revenus un peu avant midi et à midi un homme en uniforme a expulsé tout le monde du consulat sans autre explication que " Revenez à 13h30 ! "
Je suis revenu à 13h30, ai demandé si les passeports étaient visés. On m'a répondu : " Revenez à 15h00 ! " sans que personne ne puisse me donner d'autres explications.
Je suis donc revenu à 15h00, ai demandé toujours très poliment si les passeports étaient visés. On m'a répondu : " Revenez à 17h00 ! " Là j'explose et fais remarquer, sans jamais être injurieux, que c'est une honte pour la République Islamique de Mauritanie que personne ne soit capable de donner des rendez-vous fiables et que les personnels d'accueil et de sécurité se moquent des demandeurs de visa en les faisant balader de la sorte sans être capable de leur donner la moindre explication. Ce type d'agissements donne une image bien déplorable de leur patrie qui ne le mérite sûrement pas… Les trois sbires qui bloquaient l'accès au consulat et discutaient sur le trottoir ont eu l'air un peu gênés ; ils ricanaient jaune mais m'ont promis que j'aurai mes visas à 17h00.
Je suis revenu un peu avant 17h00 car je craignais la disparition de tous les personnels à l'heure de la fermeture. Mon cœur s'est affolé quand j'ai constaté qu'il n'y avait plus personne sur le trottoir à 16h40 (toute la journée des dizaines de personnes avaient attendu au soleil). Les sbires étaient encore là et m'ont fait signe de les suivre à l'intérieur. Ils m'ont enfin donné nos précieux passeports. Celui qui me les a tendus a eu le culot de me demander un petit cadeau qu'il attend encore…

Je croyais que les problèmes avec les autorités mauritaniennes allaient en rester là et se limitaient à un personnel défaillant dans un consulat. Ce que nous avons vécu en Mauritanie mérite d'être raconté aux éventuels voyageurs qui désirent se rendre dans ce pays.

Passage de la frontière entre le Maroc et la Mauritanie : un seul point de passage est ouvert entre les deux pays. La route marocaine est goudronnée jusqu'à la frontière du pays où sont regroupés les bureaux de la gendarmerie royale, de la police et des douanes marocaines. Un parking permet le stationnement des véhicules et les fonctionnaires font leur travail dans des bâtiments en béton que le voyageur peut assez facilement identifier. Les ennuis commencent dès qu'on passe la barrière qui s'ouvre sur une mauvaise piste sablonneuse. Un certain stress nous gagne car nous sommes en zone minée et aucune consigne n'est donnée aux voyageurs (on sait seulement qu'il ne faut pas quitter la piste).
Après un ou deux kilomètres dans ce nomansland on aperçoit un groupe de guides qui nous proposent leurs services pour passer la douane mauritanienne et rejoindre Nouadhibou. Nous déclinons l'offre et tentons de dépasser rapidement ce groupe qui nous harcèle en accélérant un peu. Erreur fatale car la piste se divise en trois nouvelles pistes, on prend celle qui est droit devant nous et on s'ensable dans du fechfech (sable très mou, fin comme de la farine). Les guides sont là instantanément et nous proposent leurs services pour nous sortir de là. Agacés mais fiers, on dit qu'on va se débrouiller seuls. Nous avons du mal à conserver notre calme et à continuer à écarter poliment cette bande qui nous fait subir une pression terrible pendant qu'on tente d'extraire la R5 du sable. Lorsque nous y arrivons enfin nous avons du mal à nous décider sur la route à suivre et optons rapidement pour la piste de gauche qui tourne en montant et contourne un rocher. Nous ne voulons pas devoir notre sortie à quelqu'un qui va nous demander de l'argent ensuite. Coup de chance, on aperçoit la vieille route espagnole en goudron dégradé et de suite à gauche une cabane qui pourrait abriter la douane mauritanienne.

On gare les véhicules et entrons dans le premier bureau de la police qui n'est qu'une mauvaise cabane en bois et en tôles. J'écarte un nouveau guide qui prétend faire les formalités à ma place et fais enregistrer nos papiers par des policiers peu commodes qui annoncent en fin de parcours qu'il faut payer 10 euros pour le véhicule. Croyant qu'il s'agit de la taxe du laissez-passer et n'ayant pas de carnet de passage en douane je demande une facture qu'un policier me fournit aussitôt à partir du registre qu'il a devant lui (voir photo). Nous payons donc. La deuxième cabane est celle des gendarmes qui enregistrent nos papiers sans rien demander de plus. La troisième cabane est celle des douaniers qui, lorsqu'ils ont terminé d'enregistrer nos noms, nous font remplir une feuille d'engagement sur l'honneur sur laquelle on doit promettre de ne pas vendre notre véhicule en Mauritanie et une feuille de déclaration de devises. Là encore on nous réclame 10 euros par véhicule et devant notre réticence on nous remet un reçu en attendant qu'on verse l'argent. Erreur terrible, stressés par tout ce qui est fait pour nous mettre sous pression, nous avons mal lu les reçus qui correspondent à du travail supplémentaire effectué par les fonctionnaires alors qu'ils n'ont rien fait d'autre que leur boulot régulier… mais ce détail nous le comprendrons trop tard, lorsque nous serons arrivés à Nouadhibou.

Nous nous promettons de ne plus nous laisser abuser par ce type de corruption. Lorsqu'on en parle autour de nous on nous affirme que ces mésaventures n'arrivent qu'à l'entrée du pays. Eh bien non ! à la sortie ça recommence mais là je suis averti… Lorsque nous arrivons au poste de douane au sud d'Ayoûn, le douanier nous demande de verser 10 euros par véhicule (ils sont apparemment organisés car leur discours est très cohérent). Je m'indigne avec courtoisie et refuse de payer. Il nous propose alors de payer 20 euros pour les 3 véhicules. Comme il comprend que nous ne paierons pas il refuse de remplir les formalités qu'il doit accomplir en nous précisant qu'ainsi nous ne pourrons plus revenir en Mauritanie sans nous exposer à de graves ennuis… Sans l'attaquer directement mais en étant très explicite, je lui explique que les douaniers de Nouadhibou ont commis une faute professionnelle très grave et que j'allais en référer aux Ministères de l'Intérieur et des Douanes pour le leur signaler. De plus toutes ces informations allaient paraître sur un site Internet lu par des milliers de voyageurs à travers le Monde… Le douanier lâche alors le morceau et tamponne nos documents mais au moment de nous les rendre nous demande encore de payer. Nous refusons, prenons les passeports et partons en lui disant un au-revoir de rigueur. Il semble très contrarié d'avoir laissé passer l'occasion d'empocher 30 euros et sort son téléphone portable lorsque nous démarrons. Nous ne savons pas s'il a appelé le poste de police qui nous attend plus loin… Là le discours et la technique changent : l'accueil est très sympa mais au moment de nous donner les six passeports les policiers me font venir dans un coin bien sombre (la nuit est tombée) et me demandent 5 euros par personne soit encore 30 euros. Je discute ferme et rapidement en refusant de payer quoi que ce soit. Ils prennent des airs consternés et me demandent ce qu'on va faire. Je leur explique qu'il suffit de me donner les passeports afin que nous puissions partir. Ils demandent alors que je remplisse une décharge administrative qui les libère de toute responsabilité. Je sors mon stylo et demande une feuille sur laquelle je leur écris une décharge totale lourdement chargée de belles formules administratives alambiquées qui signifie mon refus définitif de payer. Je me fais un plaisir de leur lire à voix haute en prenant ma plus belle voix d'instituteur dictant un texte. Ils semblent décontenancés, je prends les passeports et intime le départ à notre groupe avant qu'ils ne nous inventent un nouveau scénario.

Voyageurs, sachez que la taxe pour TS (travail supplémentaire) est une belle arnaque. Il est très probable que ces fonctionnaires soient mal payés mais j'estime que ce n'est pas aux voyageurs de réparer la chose ni d'encourager la corruption. Il paraît que d'autres voyageurs bien informés ont refusé de payer cette taxe et que rien n'a pu être fait contre eux, dans la mesure où ils étaient en règle…

Décidemment nous n'apprécions pas les représentants des autorités mauritaniennes que nous avons croisés. Des barrages de police, de gendarmerie ou des douanes ferment régulièrement la route. On nous demandera plusieurs fois des fiches de police (ce qui ne nous pose pas de problème) mais surtout on nous demandera très régulièrement des cadeaux, des bakchichs que nous refuserons systématiquement de donner. Rares auront été les représentants des forces de l'ordre qui se seront contentés de faire leur travail (nous en profitons ici pour les saluer).

Michel BOURBAO septembre 2005

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