Présentation de l'école d'Awaya

Awaya, un petit village de brousse où je n'aurais jamais dû m'arrêter… Mais en octobre 2005, en empruntant la piste de Kétou pour aller à Savè avec Eric, nous sommes arrêtés par un douanier à un poste de contrôle. Le douanier nous demande si nous pouvons prendre à notre bord un instituteur. Solidarité professionnelle oblige, nous acceptons et faisons ainsi la connaissance de Guillaume.


Avec Guillaume

La piste qui va de Kétou à Savè est bien mauvaise, surtout en fin de saison des pluies. Nous sommes tout près de la frontière du Nigeria et nous pouvons assister à toutes sortes de trafics plus ou moins frauduleux. Nous croisons des voitures qui viennent d'Europe, via le port de Cotonou. Les conducteurs foncent dans la brousse pour essayer d'aller revendre leurs véhicules au Nigeria sans passer par la case douane.

Nous croisons des motos et des camions chargés de bidons d'essence. Eux viennent du Nigeria et revendent l'essence au Bénin. Près d'Igbodja, nous constatons que la piste est bloquée. Un camion s'est renversé dans la boue et ne tient qu'à l'aide d'un tronc d'arbre. Des fûts d'essence kpayo sont tombés et les trafiquants essaient de résoudre leur problème. Ils roulent deux fûts pour nous laisser passer tout en nous lançant des regards étranges. Gestes de salutations, remerciements et nous passons sans traîner…

Ailleurs ce sont de bonnes vieilles 404 Peugeot bâchées qui sillonnent la brousse afin de permettre aux paysans d'aller écouler leurs marchandises sur les marchés. Nous croisons bon nombre de ces voitures chargées à bloc de sacs de charbon. Elles vont jusqu'à Kétou, la ville la plus proche.

Guillaume nous guide sur ces pistes que je ne connais pas encore. La carte n'est pas suffisamment précise pour repérer la piste avec exactitude. Eric enregistre des " waypoints " sur le GPS. Je pourrai ainsi revenir seul avec la certitude de ne pas me perdre.

Nous arrivons enfin à l'école où travaille Guillaume. Il nous présente rapidement le village d'Awaya en passant et nous faisons connaissance avec ses collègues de travail. Il y a quatre classes dans l'école : un CI, un CE1 (la classe de Guillaume), un CE2 et un CM1, la classe de Pierre qui est le directeur.


La classe de CI


Le module de 3 classes et la citerne d'eau de l'école

Les élèves du CI sont installés sous un apatam, les trois autres classes se trouvent dans le bâtiment en dur qui a été construit par le CARDER (un organisme de recherche et de développement agricole).


Le CE1 de Guillaume

Nous passons dans les classes pour saluer les élèves et observer leurs conditions de travail.


La classe de CI


Le CE1 de Guillaume

 

Les maîtres semblent ravis de faire la connaissance de deux conseillers pédagogiques. Ils sont tellement isolés que ce genre de visite n'arrive pas souvent. Eric et moi sommes ravis de rencontrer cette équipe de maîtres si accueillante. Je présente rapidement le thème de ma recherche et un rendez-vous est pris afin que nous puissions travailler tous ensemble lors de mon prochain passage.

Guillaume est très intéressé par une activité de correspondance scolaire. Je le mets en relation avec Laurent DREYFUSS et ses élèves de CP-CE1 à la Bastide-des-Jourdans. Heureusement qu'ils ont l'air motivés car la communication n'est pas facile. Le courrier de l'école d'Awaya arrive dans la boite postale de la circonscription scolaire à Kétou. Il doit attendre une " occasion " pour finir par arriver jusqu'à Awaya… Pierre aussi est intéressé par une correspondance. Il est en lien avec Frédéric DUMAS et ses élèves de CM1-CM2 à Goult.

Pierre, le directeur, a un téléphone portable. Malheureusement le réseau n'arrive pas jusqu'ici. Il n'est donc joignable que lorsqu'il se rend à Kétou, 30 ou 40 kilomètres plus au sud. Guillaume m'enverra un courrier et de mon côté j'essaierai de joindre Pierre par téléphone mais en vain. Comprenant que la communication est très difficile et qu'il est impossible de prévenir les enseignants je décide de passer quand même au début du mois de février avec Alain. Pas de chance, c'est la période de distribution des cartes électorales et les maîtres sont chargés de cette tâche. Un responsable du bureau des cartes d'Awaya pense savoir où est Pierre. Il nous emmène dans un autre village de brousse mais Pierre n'est pas là. Guillaume serait peut-être dans un autre village mais bien trop loin pour que nous ayons l'envie d'essayer… Ce sera donc pour une autre fois.


Les listes électorales sont affichées sur les poteaux d'entrée de l'école

Suite à ce passage, Guillaume m'appelle un soir sur mon téléphone portable. Il semble très ennuyé que la rencontre n'ait pas pu se faire. Il m'annonce qu'il a reçu un courrier de la classe de Laurent et qu'il va y répondre très vite. Il me laisse un numéro de téléphone où je peux le joindre directement. C'est en fait le numéro de son père. Je m'en rends compte lorsque je le rappelle quelques jours plus tard pour lui annoncer que je prévois de passer à Awaya le lundi suivant. Mais Guillaume ne peut pas être prévenu à temps et lorsque nous arrivons avec mes amis Richard et Martine, nous apprenons qu'il est à Porto-Novo pour le suivi d'un dossier administratif… Je propose quand même de réaliser un film dans une classe afin de mettre en place un atelier d'analyse de pratiques avec l'équipe enseignante. Pierre est ennuyé, il doit assister à une préparation d'UP (Unité Pédagogique) dans une autre école et ne peut être présent. L'équipe se réduit ainsi à deux maîtres (CI et CE2). Ce sont deux nouveaux maîtres communautaires qui ont remplacé ceux qui étaient là lors de mon premier passage en octobre. Ils ne me connaissent pas et ne sont pas au courant du projet que nous avions mis en place. Je décide d'abandonner pour reprendre la piste avec Richard et Martine. Nous poursuivons jusqu'à Savalou où Dominique nous attend pour un travail avec son équipe. Voir la page CEG Attakè 2.


Les élèves entrent en classe pour les cours de l'après-midi (15h-17h)

Ces diverses expériences permettent de mesurer combien les conditions de travail en brousse sont difficiles. La communication est très limitée, lente et compliquée à mettre en œuvre. Les absences des maîtres sont longues dès qu'ils sont appelés par l'administration. Comme ces derniers font partie des rares personnes instruites, c'est généralement eux qui se retrouvent à la gestion des tâches électorales. Les maîtres communautaires sont affectés en cours d'année scolaire et la stabilité des équipes pédagogiques s'en ressent. Les parents d'élèves sont généralement de pauvres paysans aux ressources financières très limitées. Ils ont du mal à payer les fournitures scolaires de leurs enfants. Certains n'ont même pas les moyens de payer la tenue kaki qui est obligatoire dans toutes les écoles du Bénin. Lire à ce sujet la page : fournitures scolaires et conditions matérielles de travail en classe.

Nous avons remarqué que ce lundi est un jour de marché. Avant de partir, nous passons y faire un tour car Martine cherche du tissu. Je ne sais pas si des étrangers blancs se sont déjà arrêtés ici mais notre présence crée l'attraction. Un homme très gentil parle le français ; il se propose spontanément pour faire l'interprète. Nous parcourons les rares stands de tissu et finissons par trouver un pagne qui convient. Je ne sais pas si j'aurai encore l'occasion de pouvoir revenir à Awaya mais j'aime beaucoup ce petit village perdu dans la brousse. Je quitte l'endroit avec une certaine nostalgie.


En quittant Awaya vers le nord et Savè


Les hérons pique-boeuf nous regardent passer.


Michel BOURBAO - Porto-Novo (mars 2006)
Photographies personnelles ou prises par Eric et Richard

 

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