Les unités pédagogiques


Au Bénin, le terme UP (Unité Pédagogique) désigne un dispositif de formation des maîtres. Les UP permettent à chaque instituteur d'assister à des séances de classe menées par d'autres maîtres que lui. En amont de l'observation en classe, il y a un temps collectif de préparation. Après la séance, un débat permet au groupe d'enseignants de faire un bilan.

Les UP existent depuis une trentaine d'années. Elles semblent avoir été instaurées dans les années 70, pendant la période révolutionnaire. Elles s'adressent à tous les instituteurs en exercice, quelque soit leur statut. En novembre 2005, dans la circonscription scolaire de mon quartier à Porto-Novo, j'ai pu constater qu'il était prévu neuf séances d'UP pour l'année scolaire. Sept étant réservées à l'observation d'une séance de classe suivie d'un débat. La première et la dernière séance permettent d'organiser le système.

Etant donné que je m'intéresse énormément à l'analyse des pratiques, ce type de formation a suscité chez moi un vif intérêt. J'ai donc demandé à plusieurs inspecteurs l'autorisation de pouvoir suivre les UP dans leurs circonscriptions.


Un inspecteur pendant une séance de préparation d'UP

En France, un maître qui sort de l'IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) peut vivre toute sa carrière jusqu'à la retraite sans jamais voir un seul collègue faire la classe devant lui. Cela crée un sentiment d'isolement, favorise le repli sur soi et peut engendrer de la culpabilité non fondée. En tant que conseiller pédagogique, j'ai pu constater qu'il n'était pas toujours facile d'entrer dans toutes les classes et encore plus difficile d'obtenir d'un collègue l'autorisation de le filmer.

Au Bénin, je circule dans les écoles depuis bientôt six mois et jamais personne ne m'a refusé l'entrée dans sa classe. J'ai toujours été autorisé par les maîtres à observer et filmer leur travail en classe. L'esprit d'accueil est très ancré dans la culture béninoise mais je crois que les UP ont aussi un rôle important dans cette aptitude particulière à montrer son travail à l'autre.

Un maître qui a 3 ans d'ancienneté a pu voir en moyenne plus de vingt séances de classes menées par d'autres maîtres. Après 30 ans de carrière c'est donc plus de 200 séances qu'il aura vu… Après ce petit calcul, on peut mieux comprendre cet esprit d'ouverture qui m'a surpris au premier abord.


Les RUP sont réunis pour une séance préparatoire

Le dispositif : dans chaque circonscription scolaire, un découpage permet de faire des regroupements d'écoles voisines afin d'obtenir des équipes d'une trentaine d'enseignants. On désigne ce regroupement d'écoles sous le terme d'UP. La première séance d'UP permet au groupe d'enseignants d'élire des responsables : un RUP (Responsable de l'Unité Pédagogique), un Co-RUP (Co-Responsable de l'Unité Pédagogique), un trésorier et un secrétaire. Les RUP et Co-RUP sont traditionnellement choisis parmi les directeurs d'école présents. Ces derniers deviennent les interlocuteurs privilégiés des CCS (Chef de Circonscription Scolaire) et des CP (Conseillers Pédagogiques). Le trésorier a pour mission de gérer les cotisations des écoles afin que le groupe puisse financer son fonctionnement (craies, photocopies, etc.) Le secrétaire rédige les comptes-rendus.

Un calendrier annuel a été élaboré par l'équipe de circonscription. Il prévoit les dates et les contenus de chaque séance d'UP. Le thème des séances a été fixé par les conseillers pédagogiques en début d'année, en fonction des besoins de formation qu'ils ont pressentis sur le terrain. Chaque séance d'UP est précédée d'une séance de préparation destinée aux RUP. De même, une date est prévue pour la remise des comptes-rendus de séances à l'inspecteur.


Le CCS et la CP mènent la réunion préparatoire


Plus de 30 RUP et Co-RUP y participent


Le travail est organisé par groupes de 5 à 6 RUP ou Co-RUP (tous directeurs d'école en général)

Quelques jours avant la séance d'UP, le CCS réunit les RUP et les CO-RUP de sa circonscription pour une séance de travail préparatoire. Cette séance a lieu pendant le temps de classe et les directeurs laissent généralement du travail à leurs élèves qui restent seuls en classe. La séance de travail est menée par les conseillers pédagogiques et l'inspecteur. Les quelques séances auxquelles j'ai pu assister m'ont permis de sentir que l'esprit n'était pas du tout celui de l'analyse des pratiques mais plutôt la prescription descendante d'une " bonne façon de faire ". La prescription suit un parcours pyramidal : elle vient du CCS et des CP, les RUP et les Co-RUP (qui sont des directeurs) ont pour mission de la répercuter vers leurs collègues sur le terrain.

 

Vient le jour de la séance d'UP. Ces séances ont généralement lieu le vendredi après-midi, de 15 à 17 heures. Les élèves peuvent être libérés par leurs enseignants. Certains viennent quand même à l'école et restent dans la cour ou dans les classes. Quelques maîtres laissent du travail à leurs élèves qui ont reçu pour consigne de rester en classe. Le maître qui va " plancher " devant ses collègues a préparé sa séance. Ses élèves attendent et se préparent à la visite des enseignants présents dans l'école.


Le RUP organise une phase de préparation avant la phase d'observation de la séance de classe.


Les maîtres se sont placés autour des élèves.


Le maître commence la séance de classe.


Sous le regard attentif des maîtres et de ses élèves.

 

Pendant la phase préparatoire, le RUP réunit les maîtres présents dans une classe vide et les prépare à l'observation qui va suivre. Le contenu d'enseignement et le niveau sont rappelés. Les besoins en formation sont recensés. Une grille d'observation est distribuée aux participants.

Vient le temps d'observation de la séance de classe. Les maîtres peuvent être jusqu'à trente à s'installer dans la classe, autour ou derrière les élèves. L'instituteur de la classe déroule sa séance avec ses élèves. Les maîtres se retrouvent ensuite dans la classe vide pour évaluer la prestation à laquelle ils ont assisté.


Souvent, après la séance d'UP, une petite collation ou un repas est organisé. Moment convivial offert par l'école qui accueille.


Dans certaines écoles, les élèves qui n'ont pas cours restent en classe et s'occupent sans qu'il ne soit nécessaire de les surveiller.


Après la séance, chacun rentre à son domicile.

Mon enthousiasme du début est maintenant plus modéré car je n'ai jamais assisté à une séance qui puisse être qualifiée " d'analyse de pratiques ". J'y vois plutôt un système économique et pyramidal qui permet de faire circuler l'information assez rapidement entre l'administration et tous les acteurs du terrain. Le discours que j'ai pu entendre dans les rencontres auxquelles j'ai pu assister m'a toujours semblé prescriptif, modélisant et culpabilisant. Les RUP qui pilotent les séances d'UP n'ont pas, en général, l'entraînement des conseillers pédagogiques pour mener une séance de travail avec des adultes. J'ai ainsi eu le sentiment qu'ils appliquaient à la lettre un mode d'emploi prévu par les équipes de circonscription et le résultat m'a rarement semblé convainquant.

Dans l'ensemble, les UP semblent quand même apporter une réelle formation pratique, particulièrement pour les maîtres débutants. La majorité des maîtres béninois que j'ai interrogés apprécient ce type de formation. Certains, des maîtres relativement jeunes et bien formés aux nouveaux programmes, m'ont dit qu'ils s'y ennuyaient car ils avaient le sentiment que les anciens qui connaissent mal les nouveaux programmes exploitaient leurs connaissances sans rien leur apprendre en retour. Les maîtres communautaires qui n'ont pratiquement pas été formés (une semaine de préparation avant d'aller sur le terrain) apprécient de pouvoir assister à ces séances car elles les aident à mieux percevoir ce qu'est le métier.

 

Michel BOURBAO - Porto-Novo (mars 2006)
Photographies personnelles ou prises par Richard et Martine

 

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