Pistes d'Afrique de l'Ouest

 

Au cours des nombreux échanges de courriers électroniques qui accompagnent l'expérience que je vis cette année, je constate que les pistes africaines font rêver de très nombreuses personnes. Je comprends bien cet engouement car moi aussi je suis sous le charme de ces pistes. Lignes infinies qui s'enfoncent dans la brousse, traçant leur sillon dans les terres rouges.

J'aime les pistes d'Afrique et j'ai envie d'en parler un peu. Je ne partage pas l'approche qu'en propose le rallye du Dakar. J'espère que je saurai vous en présenter une autre.

Une piste, c'est toute une ambiance : une couleur de sol, des paysages qui l'entourent, des gens qu'on y croise, un espace chargé d'incertitudes, d'éventuelles difficultés liées à son état et des surprises, toujours plein de surprises…

Il y a plusieurs façons d'aborder une piste : la découverte lorsqu'on est seul, la découverte à deux lorsqu'on est accompagné, la découverte accompagné d'une personne qui connaît déjà, la reprise d'une piste connue lorsqu'on est seul et la reprise d'une piste connue lorsqu'on est accompagné. A chaque fois l'état d'esprit dans lequel on se trouve est différent.

On ne conduit pas sur une piste comme on peut conduire sur une route. La première différence qui me vient à l'esprit, c'est ce travail incessant que doit effectuer le regard. A chaque seconde, j'ai la conscience que mes yeux font un va-et-vient entre le lointain et la piste juste devant mes roues. Le regard porté au loin donne des indications sur l'allure générale. Si la piste paraît bonne et régulière, on peut se permettre une bonne allure. Si quelque chose semble changer : la couleur, l'aspect ou la régularité du revêtement, un éventuel obstacle ou un creux ; il faut réduire l'allure pour avoir le temps de réagir de façon adaptée. Le coup d'œil devant le capot permet d'ajuster la trajectoire et de vérifier qu'il n'y a pas de contradiction entre ce qui avait été anticipé et ce qui arrive effectivement sous nos roues. Le regard lointain doit absolument donner un maximum d'informations et permettre d'anticiper ce qui va arriver. A chaque instant, il peut y avoir un creux ou une bosse, une pierre ou un trou, une crevasse à éviter, une rigole à traverser, un effondrement à contourner, une personne qui surgit, un animal, un véhicule…

Le revêtement des pistes est généralement fait de latérite : une sorte de mélange de sable et de graviers ronds. Lancé dessus à vive allure, un véhicule de plus de 2 tonnes se comporterait comme sur un tapis de billes en cas de freinage brutal. De même, les changements brusques de direction sont interdits. Lorsque je conduis à bonne allure sur une piste, j'ai l'impression de retrouver les sensations de glisse que l'on peut éprouver à ski lorsqu'on recherche une glisse douce, sans à-coups. Cette sensation est assez grisante pour l'esprit mais ne supporte aucune relâche de l'attention. La plus belle piste peut avoir été ravinée en un point précis et être coupée par une faille profonde ou devenir si étroite que le passage n'est plus permis. D'où l'importance du coup d'œil donné chaque seconde au loin afin de prévenir et d'anticiper les surprises.

Dès que la piste devient mauvaise ou se dégrade, une allure d'escargot s'impose. Mon véhicule doit me permettre de passer une année entière en Afrique et je compte faire la route du retour vers la France avec. Je suis seul et ne dispose d'aucune assistance externe. En cas de casse, pas de camion d'assistance, pas de pièces de rechange ni de mécanicien à mon service. Je ne peux compter que sur mes propres forces pour me dépanner. J'ai donc emporté le matériel minimum pour me sortir des situations difficiles et effectuer les petites réparations de base. Une caisse à outils, des plaques de désensablement, une pelle, un coupe-coupe, une sangle de remorquage, un gonfleur électrique, des chambres à air, un tire fort, les fluides du véhicule, des filtres, un bidon de gasoil et quelques autres bricoles me permettent de gérer les petits incidents qui peuvent toujours survenir. Voir la page Galinette véhicule technique. Pas question de jouer les héros ou les casse cou, uniquement de l'anticipation et de la prudence.

Dès que je quitte le goudron pour emprunter une piste, je me sens bien. Je me réjouis à l'avance de ce que je vais y découvrir. La piste, c'est le monde rural, la lenteur, la simplicité, la rusticité, les gens savent encore prendre le temps de se saluer.

 


Bergers peuls sur la piste d'Igbodja

 

 

 

Les pistes sont aussi le lieu de tous les trafics. Particulièrement au Bénin car c'est un petit pays étroit, donc les frontières des pays voisins ne sont jamais très loin... Trafic d'essence, trafic de voitures, trafic de marchandises, les possibilités ne manquent pas…

Une voiture provisoirement abandonnée près de la frontière du Nigeria. La belle Alfa-Roméo n'a pas de plaques d'immatriculation et emprunte une voie qui n'est vraiment pas adaptée à ses possibilités. Un peu plus loin, nous rencontrerons un poste de contrôle improvisé : une barrière, des gendarmes, une mitrailleuse… Ils feront quelques prises s'ils ne sont pas trop corrompus et dès qu'ils partiront le trafic reprendra.

Un vélo tout neuf vient du Nigeria. Destination Savalou, Tchetti, ou un autre village près de la frontière du Togo ?

Concernant le traffic d'essence, vous pouvez lire aussi la page qui présente l'essence kpayo

 

La " tôle ondulée " : une belle cochonnerie qui fait souffrir les véhicules et les passagers. En vieillissant, les pistes se dégradent et la " tôle ondulée " se forme progressivement. Particulièrement sur les pistes régulièrement empruntées par les camions.

 

Les camions : je les trouve fascinants sur ces pistes. Généralement ce sont de vieux engins d'un autre temps. De vieux engins qui roulent encore par on ne sait quel miracle. Ils crachent, ils toussent, ils fument mais ils avancent. Ils rendent de fiers services et sont les rois de la piste.

Régulièrement, des branchages disposés au bord de la piste signalent un camion en panne. Quelqu'un répare, attend la venue du garagiste ou de la pièce manquante…

Les vieilles Peugeot 404 bâchées sont leurs petites sœurs. Taxi brousse des campagnes, elles circulent en tous sens et permettent le transport des marchandises. Voir la page : Peugeot - les increvables.

 

A la saison sèche, c'est l'époque des feux de brousse. Régulièrement on croise un incendie, la brousse craque dans l'odeur de feu et de fumée. Il y a toujours des enfants ou des chasseurs qui mettent l'événement à profit pour organiser une chasse à l'agouti.


Un agouti a été tué par les chasseurs

Ici pas de saisons comme en Europe. Deux saisons seulement : la saison sèche et la saison des pluies. Les paysages se transforment en fonction de ces deux facteurs.

La piste de Ouinhi / Adja-Ouéré est une belle alternative à la route Bohicon / Cotonou / Porto-Novo. Je l'emprunte régulièrement lorsque je dois aller à Abomey ou Savè. Voici l'état de la piste au mois d'octobre et au mois de décembre.

 

La piste, c'est malheureusement aussi le royaume de la poussière. Tout particulièrement pendant la saison sèche.

Lambert nous fait signe de nous arrêter. On va laisser le camion qui nous précède prendre de l'avance, puisqu'on n'arrive pas à le doubler…

 

Mais en saison des pluies, la piste devient glissante, des ornières profondes se creusent.

 

Pendant la saison des pluies au Mali (été 2005)

 

Les pistes permettent de nombreuses rencontres. Avec Lambert, nous avons retrouvé Dagan, un infirmier que je n'avais plus revu depuis 1996.


Lambert s'arrête pour saluer un cousin dans une ferme

 

Ici, nous sommes juste après Okéowo. La piste s'arrête sur le fleuve Okpara. De l'autre côté du fleuve c'est le Nigeria, la piste reprend. Des passeurs attendent. Un groupe de femmes peules arrivent à pied et demandent à traverser.

Il est même possible de faire traverser les voitures. Je n'imagine pas trop Galinette posée sur cette frêle embarcation…

 

La piste pour aller à Okpa depuis Savè est terrible. Il faut prévoir entre 2 heures et 2h30 pour effectuer seulement 50 km. Il y a des zones de sable, des zones de rochers, des zones étroites, des zones herbeuses…

 

En allant visiter le parc de la Pendjari, nous avons parcouru plus de 700 kilomètres de pistes. La recherche des bêtes sauvages, les grandes étendues de brousse et la piste. Une sensation exaltante de liberté. Voir la page consacrée à la Pendjari.

J'adore aussi les étendues immenses qu'offre le désert. Mais là c'est une autre histoire... Voir les pages Maroc 2002, Maroc 2005, Mauritanie, Sahara algérien 1990, le Niger 1 , le Niger 2, le Niger 3, l'Algérie 2006 , Ayorou.

 

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