Orfèvres d'Abomey

La famille Hountondji perpétue la tradition des bronze à la cire perdue

J'ai toujours été fasciné par ces figurines en bronze que l'on trouve couramment dans les échoppes de souvenirs. Elles sont toujours réalisées selon la méthode ancestrale dite " à la cire perdue ". Cette année, j'ai enfin pu prendre le temps de partir à la rencontre des orfèvres qui réalisent ces d'objets d'art. Mon ami Magou m'a appris que la famille Hountondji n'a jamais abandonné la tradition. Ils perpétuent cet art depuis l'époque de la grande puissance des rois de la ville d'Abomey. Le Bénin n'a pas toujours été une république. Jusqu'à la période coloniale (1894-1960) le territoire était conglomérat de petits royaumes. Une longue dynastie de rois a régné sur la cité des Fons : Abomey. Ils étaient de redoutables guerriers et avaient conquis une grande partie du territoire de l'actuel Bénin. Ce sont eux qui ont donné l'ancien nom au pays : le Dahomey. Le ventre de Dan (Homey = en langue Fon). Chaque roi avait ses orfèvres. La tradition s'est perpétuée jusqu'à nos jours.

Il faut donc aller à Abomey... César est un ami de longue date. Je le connais depuis 1993. Lorsque je viens à Abomey, je ne manque pas d'aller lui rendre visite. Il est responsable de la banque du sang à l'hôpital de la ville et connaît beaucoup de monde. Lorsque je lui ai demandé s'il connaissait un membre de la famille Hountondji qui pratiquait encore le métier d'orfèvre, il m'a répondu " Oui, bien sûr ! " comme si c'était une évidence. Le lendemain matin, très tôt, il me guidait vers le musée royal d'Abomey et me faisait rencontrer un artisan fondeur : Jean ABIALA. Il m'a confié à ses bons soins car il devait rejoindre son travail à l'hôpital. J'ai ainsi pu assister à toutes les opérations de la réalisation d'un bronze et vous propose de venir en suivre les différentes étapes.

Pour commencer, il faut d'abord réaliser une figurine en cire. Chaque pièce est unique. Les artisans utilisent de la cire d'abeille vendue par les apiculteurs locaux.

Sur sa table de travail, l'orfèvre Michel ABIALA modèle la cire afin de donner forme à l'objet.

Si la figurine comporte de trop gros volumes, un " noyau " en argile est préparé. Cela permettra d'économiser le bronze ou le laiton tout en réduisant le poids de la figurine. Ici, des ventres de lions d'oiseaux et de buffles. Des piques en métal sont plantées en leur milieu afin de maintenir les noyaux au centre des futurs moules en argile.

La cire d'abeille se prête bien au façonnage. Un petit barbecue (à droite) contient quelques morceaux de braise. La chaleur permet de ramollir les blocs de cire et facilite le modelage des grosses pièces. Elle permet aussi les collages des différentes parties sur le corps principal.

Cette série de photo montre comment une commande d'un grand nombre d'exemplaires de caméléons est traitée. Le corps est moulé dans une forme en plâtre. La queue et les pâtes sont ajoutées à la main dans un deuxième temps.

Les pattes sont collées au corps.

Une deuxième table est réservée à Félicien pour le collage des pattes.

 

Les formes en cire sont complétées par un cône (toujours en cire). C'est lui qui permettra de créer l'ouverture du moule en argile et laissera le passage au métal en fusion. On l'appelle aussi "tige de coulage".

Un autre artisan Patrice ABIALA prépare les moules. Il enrobe chaque pièce en cire d'une épaisse couche d'argile. Le moule doit sécher quelques jours avant qu'il soit possible de couler le bronze à l'intérieur. Si le moule n'est pas sec, il peut éclater ou se fissurer à cause de la température très élevée du métal liquide. Généralement, les moules sont réalisés en deux étapes : une première couche d'argile fine puis, après séchage, une seconde plus grossière.

Afin de récupérer la cire et de parfaire le séchage des moules, ces derniers sont chauffés peu avant la dernière étape.

Nous allons maintenant assister à la coulée du bronze pour quelques caméléons.

Pendant que le patron chauffe des moules, son employé active le foyer qui servira à faire fondre le métal.

Le métal employé provient essentiellement de vieilles pièces de plomberie en cuivre et en laiton (radiateurs, robinets usagés, tuyaux, douilles de cartouches) un peu d'aluminium est ajouté au mélange afin de permettre un bon passage du métal dans les moules.

Les pièces sont d'abord chauffées

Les plus grosses sont concassées avec un gros marteau.

Les petits morceaux ainsi obtenus vont permettre de remplir un creuset qui supporte les très hautes températures.

Ce creuset va retourner au feu car le métal doit fondre en son intérieur.

Les moules ont été disposés dans le sable. Le métal est enfin fondu

La coulée peut commencer...

Il faut laisser refroidir les moules et le laiton en fusion qu'ils contiennent.

Une demi-heure après, il est possible de casser délicatement les moules avec un marteau.

Les figurines de laiton apparaissent enfin. Ces caméléons vont être limés, polis et retravaillés au burin pour la décoration finale. Le cône (ou la tige de coulage qui se trouve sur la tête) et les bavures sont supprimés.


Et voilà le travail...


Moi je n'en ai jamais vu de cette couleur...

 


Finitions à la lime et polissage à la brosse métallique

 

Pour contacter le groupe section cuivre du musée d'Abomey : BP 2036 ou BP294 Abomey République du Bénin ;

Téléphone fixe 22.50.03.14 ou 22.50.06.90 portable de Jean : 95.45.98.55 copatra@yahoo.fr Romuald (président) 95.49.31.19

Michel BOURBAO - Abomey (avril 2006)
Photographies personnelles

 

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