Le Parc de la Pendjari

Noël 2005. Bientôt quatre mois que Corinne est rentrée en France. Elle vient pour les congés de Noël avec les enfants : Kilian et Tiphaine. Nous voulons faire vivre un safari aux enfants. Au Bénin, il y a deux parcs qui permettent de voir des animaux sauvages : la Pendjari et le parc du W. Je connais la Pendjari et ne prends pas le risque de nous embarquer dans une aventure au W. Je crains de rentrer bredouille et que les enfants soient déçus. Aller à la rencontre des animaux sauvages est toujours hasardeux car contrairement au zoo, ils ne nous attendent pas en un lieu bien déterminé.

La Pendjari est un vaste parc au nord du Bénin, dans le massif de l'Atacora. Il est ouvert au public de décembre à juin, pendant la saison sèche. Le reste du temps, les pluies rendent les pistes impraticables et les herbes sont trop hautes pour permettre une bonne vision des animaux. De plus, pendant la saison sèche, les animaux ont besoin de se rapprocher des points d'eau, cela facilite leur observation. Un autre détail est essentiel pour moi : on peut circuler dans le parc sans guide. J'adore cette liberté et de plus, Galinette ne peut pas embarquer cinq personnes. Son aménagement rend déjà difficile le fait d'y entrer à quatre. Nous n'aurions pas pu embarquer de guide, à moins de louer un autre 4x4 mais comme le tarif est fixé à 60 000 francs CFA par jour (90 euros) c'est dissuasif.


Carte extraite du site Internet de la Pendjari : www.pendjari.net

Nous arrivons le mercredi 21 à Natitingou. Il est 15 heures. Nous faisons quelques courses : des vivres pour les pique-niques et le plein de gasoil. Nous passons voir Léon, le cousin de mon ami César pour prendre quelques renseignements. Il estime qu'il faut 3 heures pour rallier le campement de la Pendjari. Nous décidons donc de partir aussitôt.

Maintenant une belle route goudronnée permet d'arriver à Tanguieta. Elle continue vers Porga, qui est la ville frontière avec le Burkina-Faso et la seconde entrée du parc. Nous prenons la piste qui mène à Batia. Là, des gardes surveillent l'entrée du parc. Nous payons les droits d'entrée : 10 000 francs CFA par personne (15 euros) et 3000 francs pour le véhicule (4,5 euros). On me titille parce que je ne veux pas prendre de guide, du coup je me permets de négocier un tarif pour les enfants. Là encore, on nous dit qu'il faut 3 heures pour rallier le camp. Comme il est déjà 17 heures, nous sommes certains d'arriver à la nuit. Ici, la nuit tombe à 19h00. On nous avait dit que la circulation était interdite de nuit et après 18h00. Si c'était le cas les gardes ne nous laisseraient pas passer. Pour éviter les ennuis, je me garde bien de poser la question…

L'aventure commence : nous nous retrouvons seuls sur la piste alors que le jour décline. Les paysages sont magnifiques sous la lumière rasante.

Nous découvrons avec enthousiasme nos premières antilopes.

Des babouins quittent la piste à notre approche. Ils se postent dans les arbres pour nous observer.

Nous tentons d'arriver à la mare Bali avant la nuit pour observer les animaux qui viennent boire au crépuscule.

Après cette petite pause qui nous a permis d'observer un hippopotame qui broute, nous reprenons la piste. Il fait nuit maintenant. Nous ne verrons plus d'animaux excepté deux chacals qui filent sur la piste devant nos phares.

Nous arrivons au campement et découvrons une sorte de paradis confortable aménagé pour les touristes. Les repas proposés par le restaurant sont délicieux et les chambres paraissent très propres et confortables. Les tarifs ne sont plus ceux qui sont pratiqués dans le reste du pays, même s'ils peuvent sembler raisonnables à celui qui vient directement d'Europe. Une chambre coûte 20 000 francs CFA par nuit (30 euros) et un repas avec une boisson plus de 7000 francs. La nourriture est bonne, les chambres sont confortables et l'accueil est très chaleureux.

Nous sympathisons avec Koffi qui gère l'établissement d'une main de maître en l'absence de son patron Etienne.

Le lendemain matin, nous filons de bonne heure à la recherche des animaux. Nous allons de mare en mare et sommes plutôt gâtés car nous voyons beaucoup d'animaux pour ce début de saison sèche.

Les cobes de Buffon sont les antilopes les plus courantes. Pas trop farouches, elles se laissent approcher assez facilement tant qu'on respecte une distance de fuite.

D'autres antilopes sont moins courantes et plus farouches. Les hippotragues ou antilope-cheval. Les bubales s'enfuient assez vite à notre approche et nous n'arriverons pas à les photographier.

Les waterbuck (ou cobes defassa) sont plus facile d'approche. Nous en croisons parfois. Ils sont souvent couchés dans les herbes.

Les phacochères sont bien plus craintifs et sauvages ici qu'au Ghana, dans le Mole parc. Ils s'enfuient dès qu'ils nous entendent approcher. Nous croisons quelques groupes et parfois un mâle isolé qui file la queue pointée vers le ciel en grognant.


Une ombrette pêche

Les mares sont les lieux privilégiés pour voir des crocodiles, des hippopotames et de nombreux oiseaux. Bien souvent, un poste d'observation permet de s'installer en hauteur et d'observer la vie de la mare. Mis à part quelques antilopes, nous ne verrons pas les grands mammifères venir boire. Il est probablement trop tôt dans la saison sèche et les points d'eau sont encore nombreux.

Nous croisons un troupeau de buffles. Les énormes bêtes sont impressionnantes et pourtant elles semblent nous observer avec crainte, prêtes à fuir au moindre signal. En s'éloignant, elles dégagent un énorme nuage de poussière.


Le parc est sillonné par plus de 400 km de pistes. Nous partons tôt le matin et sillonnons le parc à petite vitesse pendant que chacun scrute le paysage. Régulièrement l'un d'entre nous m'intime de stopper, il a vu quelque chose, là, à gauche ou à droite derrière le grand arbre… Il faut parfois reculer pour retrouver l'animal qui a été repéré.

Très régulièrement, nous croisons des feux de brousse. Il nous arrive même d'être cernés par les flammes (dans ce cas, personne n'est sorti pour prendre une photo…) Mais il semble que ces feux soient maîtrisés par les gardes du parc. Les brûlis précoces permettent de favoriser la régénération du pâturage pendant la saison sèche.

Effectivement, déjà une herbe verte et tendre repousse sur les brûlis récents. Cela confère un aspect lunaire à certaines zones du parc.

Des fleurs jaune semblent bien s'accommoder de cette terre brûlée. Elles poussent au ras du sol et étalent leurs pétales pour prendre le soleil.

 

Nous désespérons de ne pas voir d'éléphant. Nous voyons bien leurs crottes énormes. Nous descendons parfois pour apprécier leur " fraîcheur ". Kilian dit qu'il faut mettre le doigt dedans pour apprécier leur température… Je me contente d'observer l'aspect brillant ou mat.

Nous croisons souvent Vincent sur les pistes. Il est prof de philo à Niamey et prend quelques journées de vacances ici. Nous avons sympathisé avec lui la veille. Il nous indique une zone où il a vu deux éléphants. Nous filons vite dans l'espoir de les voir nous aussi. Il y a des feux de partout mais nous arrivons juste à temps pour distinguer un pachyderme qui s'enfonce paisiblement dans la forêt.

Dire qu'au Ghana nous voyions des éléphants partout…

Pendant la soirée, nous faisons le bilan de cette belle journée et de la chance que nous avons eue. Mais comme on veut toujours ce que l'on n'a pas, à partir de maintenant ce sont les lions qui nous obsèdent. Le lendemain nous partons avant le lever du jour du côté de la mare Fogou. Il paraît qu'on y croise facilement des lions. Nous garons Galinette, coupons le moteur et les phares et attendons en écoutant les bruits de la nuit. A proximité, un hippopotame fait un bruit de tous les diables. De nombreux oiseaux se lèvent avec le jour mais toujours pas de lion… Lorsque le soleil est bien levé nous partons, un peu déçus, vers l'ouest pour une nouvelle tournée des mares.

Au niveau de la mare Iwouini, nous arrivons derrière un véhicule garé. Les personnes qui observent à partir du toit de leur véhicule nous informent qu'il y a des lions. Nous grimpons nous aussi sur le toit de Galinette et découvrons six lions cachés dans les herbes.

En fait, il s'agit de cinq lionnes et d'un lion à crinière très courte. Ce n'est ni une coupe à la mode ni un effet de la jeunesse. Dans la Pendjari, les lions sont réputés pour avoir généralement une crinière très courte. Nous avons la chance de pouvoir les observer longuement car ils se reposent. Après une demi-heure ils veulent partir en traversant la piste et nous contournent largement en se déplaçant seuls ou par deux.

La Pendjari est aussi le paradis des oiseaux. Nous observons facilement de nombreuses espèces.

Un couple de calaos se déplace en bordure de piste. Ils nous observent, peu farouches. Les pintades sont partout au point que nous n'avons même pas pensé à en photographier.

Un oiseau étrange : le jabiru du Sénégal. Son grand bec coloré le rend facilement identifiable.

Le rollier est très coloré. Il possède une queue en V très particulière.

Des vautours se sont regroupés dans les arbres et semblent attendre. Un grand carnivore est probablement en train de faire un festin et ils attendent leur tour. Nous ne voyons rien car la brousse est impénétrable à cet endroit.

Quelques grues couronnées se cachent derrière les herbes.

 

Au détour d'un chemin, nous tombons sur deux cobes de Buffon mâle qui se battent pour délimiter leur territoire. Notre présence ne semble pas les incommoder. Nous coupons le moteur et observons la bataille qui durera longtemps sous nos yeux émerveillés.

Après de longues minutes d'un combat sportif et épuisant, les bêtes restent prostrées, immobiles, les cornes enlacées. Mais un des belligérants semble avoir le dessus. Lassé par le combat, à la fin, le dominé prend la fuite.

Vendredi soir, les enfants sont fatigués. Nous avons parcouru près de 500 km sur les pistes en trois jours. Avec Corinne, nous voulons faire une balade en amoureux au crépuscule, histoire de tenter à nouveau notre chance du côté des lions. Au démarrage, Galinette tousse puis finit par caler. Malaise ! Je pense au filtre à air qui a pu s'encrasser avec la poussière des pistes et commence à le démonter. Koffi passe et s'inquiète de mon infortune. Il appelle Valentin qui est mécano et le technicien du campement. Finalement on se rend compte que c'est le filtre à gasoil qui est bouché par un mauvais carburant. Heureusement j'en ai un de rechange et nous réparons aussitôt. Valentin est concepteur et réalisateur d'une clé à filtre originale et efficace. Il l'a forgée lui même car il en avait assez de casser les clés du commerce.

La plaisanterie a pris plus d'une heure et notre promenade tombe à l'eau. Ce n'est pas grave, nous avons eu deux riches journées et demain nous traverserons encore une fois le parc pour prendre la route du retour.

Michel BOURBAO, Porto-Novo le 11 janvier 2006.

Voir d'autres pages qui présentent des animaux : le Mole parc au Ghana (été 2005), le Serengeti et le Ngorongoro en Tanzanie (été 1990), le parc national du W au Bénin

Vous pouvez consulter un site très intéressant qui présente les grands Mammifères du NIOKOLO-BADIAR au Sénégal (avec de nombreuses fiches techniques très précises sur les animaux) http://www.ird.sn/activites/ancienprg/ipmo/gdm/index.shtml

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