Présentation du projet de recherche 2005-2006

 

A la rencontre des maîtres béninois pour étudier leurs pratiques de conduite de classe en brousse

 

Pendant l'année scolaire 2004-2005, j'ai pu travailler avec de nombreux collègues enseignants sur l'étude des grands principes de la conduite de classe. Cette recherche s'est appuyée sur des ateliers d'analyse de pratiques organisés entre des maîtres expérimentés et des maîtres débutants : les " passeurs d'expérience ". Des rencontres mensuelles nous ont permis de réfléchir aux pratiques de conduite de classe de chacun. Le simple fait de réunir des maîtres ayant divers niveaux d'expérience a permis à la fois une grande variété et une grande richesse des échanges. Lire le résumé de cette recherche

Ce premier travail nous a permis d'isoler quelques grands principes de la conduite de classe à l'école primaire. En effet, tous les maîtres qui arrivent à conduire l'activité de leurs élèves respectent à peu près les phases suivantes : accueil, enrôlement des élèves, passation de consignes et mise au travail des élèves, ruptures éventuelles (consignes précisées, gestion d'imprévus…), entretien et régulation de l'activité des élèves, clôture de l'activité (en respectant une phase de transition) et mise en commun. Voir un tableau plus détaillé de ces phases.

L'ensemble est émaillé par la gestion de divers imprévus : rappel à l'ordre, mise en place d'un cadre et/ou rappel de ce cadre, gestion des problèmes matériels.

Pour piloter cette interaction, l'enseignant s'appuie sur des routines et des rituels connus de tous les membres de la classe, il communique à la fois par la parole, l'écrit et de façon corporelle (gestes, regards, attitudes…).

 

J'envisage maintenant de poursuivre cette recherche dans le cadre d'une thèse de doctorat en sciences de l'éducation.

Dans un premier temps, je vais tenter de confronter les grands principes de la conduite de classe entrevus à des conditions extrêmes, celles que vivent les maîtres d'Afrique de l'Ouest, dans les villages de brousse du Bénin.
En effet, on trouve au Bénin, comme dans la majorité des pays limitrophes, des conditions de travail particulièrement difficiles : les locaux sont généralement rudimentaires (bien souvent réduits à quatre murs, un toit et un mur peint en noir pour faire office de tableau, quand la classe ne se passe pas simplement sous un arbre ou sous un apatam) ; le matériel est quasiment inexistant (généralement il se réduit à des bancs, des pupitres, un tableau, des cahiers et lorsque c'est possible quelques manuels) ; les effectifs d'élèves sont pléthoriques (en moyenne de 57 élèves par maître en 2003) ; une grande partie des maîtres ne sont plus recrutés par l'état, ni formés dans les écoles normales. Voir la page présentant des écoles béninoises.

 


école centre A de Savè : une classe sous le manguier

Dans un second temps, je tenterai de recenser et d'analyser, en France, ce que font les maîtres pour accueillir leurs élèves, les enrôler, les mettre au travail, entretenir leur activité, clore leur activité et mettre en commun ce qui a été produit. De même, je compte étudier les phases de transition entre ces différents aspects de la conduite de classe.

 

Comment font les maîtres béninois pour conduire leur classe dans de telles conditions ?

J'émets l'hypothèse qu'il y a des grands principes de la conduite de classe qui sont les préalables nécessaires permettant à un enseignant de faire cohabiter ses élèves en un lieu donné pendant une année entière et d'y effectuer des apprentissages. La conduite de classe répond à quelques principes de base mais peut être déclinée à l'infini selon le " style " de chaque enseignant et les conditions présentes : caractéristiques des élèves, conditions matérielles de travail (locaux, matériel disponible) et savoirs en jeu (didactique, praxéologie).

Quelles que soient les options pédagogiques choisies par l'enseignant (courants pédagogiques, méthodes de travail, choix didactiques), quels que soient le milieu et les conditions de travail qu'il rencontre, l'enseignant devra :
1. Planifier, évaluer, analyser les activités des élèves et du maître.
2. Déterminer un cadre spatial, un cadre relationnel, un cadre de communication, un cadre temporel, un cadre méthodologique.
3. Instaurer des rites et des routines.
4. Enrôler, motiver, mettre en appétit les élèves (en s'appuyant sur les rites et les routines). Rassurer, donner du sens aux activités et aux apprentissages, rendre l'activité lisible.
5. Réguler, ajuster, maintenir et accompagner l'activité des élèves en développant des capacités d'observation et d'interaction.


Ces principes de conduite de classe sont généralement méconnus par les maîtres débutants. Les maîtres expérimentés les ont appris au travers de leurs expériences, parce que ces principes se sont progressivement imposés à eux.

Lorsque la formation continue des maîtres prend en compte cette dimension très concrète de leur activité, lorsqu'on part des pratiques enseignantes et de ce qui se fait en classe, il devient alors possible de dépasser ce cadre qui peut paraître élémentaire pour aborder les aspects plus complexes liés à la didactique.


Un apatam à Igbodja

Pourquoi avoir choisi le Bénin pour réaliser cette étude ?

Depuis 1993, j'ai effectué six voyages au Bénin pour le compte d'une association humanitaire. Je m'occupais de la partie scolaire et j'ai ainsi pu rencontrer de nombreux acteurs du système scolaire béninois, entrer dans de nombreuses classes et même faire la classe... Il me semble que certains principes de conduite de classe que j'ai pu observer en France se retrouvent dans les conditions difficiles de la brousse. J'espère qu'une étude précise me permettra de dépasser cette intuition. Lorsqu'on dépasse les différences liées à la culture, aux contraintes économiques et à la géographie, aux pratiques pédagogiques en cours, au niveau de formation des enseignants, peut-on encore retrouver les grands principes de la conduite de classe ? Yen a-t-il de nouveaux ? Est-ce que certains principes disparaissent ?

Ma connaissance du terrain béninois me laisse penser qu'il sera facile d'obtenir les accords nécessaires à cette étude. Le Bénin connaît actuellement une crise sur le plan du recrutement et de la formation des enseignants. Le nombre des enseignants qualifiés est en nette régression : environ un maître en activité sur deux en 2002 (10 346 sur 21 617 maîtres ). Un quart des enseignants a le statut de maître communautaire (ils sont recrutés et payés par des collectifs de villageois) un quart des enseignants sont contractuels et seulement la moitié des maîtres sont fonctionnaires d'état. Madame Rafiatou Karimou, Ministre des Enseignements Primaire et Secondaire, reconnaît que " les maîtres contractuels sont recrutés par l'Etat, sur contrat. Ils sont titulaires du B.E.P.C. et du Baccalauréat pour certains d'entre eux, tandis que les enseignants communautaires qui n'ont pratiquement aucun niveau, sont recrutés par les communautés à la base et directement gérés par celles-ci ".

Lorsque j'aurai intégré les objectifs premiers que se fixe le gouvernement béninois à propos de la formation de ses maîtres, je compte proposer mes services bénévoles pour participer à quelques formations dans les circonscriptions scolaires de brousse. De même, je sais que les inspecteurs et les conseillers pédagogiques ont du mal à intervenir dans les écoles de brousse isolées, pour des raisons économiques liées à l'éloignement et au manque de moyens financiers. J'espère qu'ils accepteront que je les aide à suivre quelques maîtres qu'ils n'ont pas la possibilité d'aider. Je sais par expérience que les jeunes maîtres isolés en brousse accueillent avec plaisir les étrangers de passage, surtout lorsque ces derniers sont enseignants comme eux. Cela leur permet de rompre momentanément l'isolement dont ils peuvent souffrir. En effet, ces derniers sont souvent déracinés, car nommés en brousse en des lieux éloignés de leur famille. Plus les villages sont petits, plus il est probable que les enseignants ressentent un isolement matériel et culturel ; la visite d'un collègue étranger est alors généralement la bienvenue.


école d'Igbodja en février 2001

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