La téléphonie mobile est arrivée à Savè

Il y a déjà plusieurs années que les téléphones mobiles sont répandus au Bénin. Mais le réseau est limité aux villes principales. Comme de grandes étendues de brousse séparent les villes, les fournisseurs d'accès n'installent leurs antennes que dans celles qui leur assurent un marché rentable. Savè, qui compte tout de même 40 000 habitants, n'est reliée au réseau que depuis le mois de novembre 2005. C'est l'opérateur Télécel qui vient d'installer la première antenne. Plusieurs commerçants se sont improvisés revendeurs du kit d'accès et des cartes téléphoniques prépayées. Les promotions fleurissent dans chaque quartier pour inciter les Savéens à s'équiper en téléphone mobile.

Lorsque je retrouve Lambert le 27 novembre, il fait son travail de directeur et vérifie les fiches de préparation de ses collègues. Sur sa table de travail, je remarque un téléphone portable. La découverte de ce fabuleux jouet occupera bon nombre de nos conversations pendant les jours qui suivront.

Pendant le premier week-end de décembre, nous partons à Djaloukou, le village de Lambert. Chacune de nos haltes sera prétexte à tester le fonctionnement du réseau. Ici, nous retrouvons Atchadé à Savalou. Lui aussi vient d'acheter un téléphone et on parle technique pendant les retrouvailles au maquis. Normalement Atchadé était dans son village et nous n'aurions pas dû le retrouver à Savalou. C'est suite à un appel téléphonique de Lambert que nous l'avons localisé. Il rigole : " Ah ça c'est la sorcellerie des blancs hein ! "

Après le repas, nous empruntons la piste de Tchetti. Je m'arrête devant un champ de coton pour photographier les fleurs. Lambert continue à lire imperturbablement la notice de son téléphone. Il doit l'apprendre par cœur car il n'a pas remarqué l'immense termitière devant laquelle je me suis garé… Je vous montre quand même à quoi ressemble une fleur de coton :

Après Tchetti, nous allons au village de Doumé, près de la frontière du Togo. Nous croisons un infirmier à moto qui prépare la campagne de vaccination contre la polio. C'est Dagan, je ne l'avais plus revu depuis 1996. Après les effusions des retrouvailles, les deux larrons sortent leurs portables et essaient de capter le réseau. Nous sommes en pleine brousse, dans les champs de coton, à près de 40 km de l'antenne de Savalou. Miracle ! il semble qu'un des deux téléphones fonctionne…

Dimanche matin, nous sommes à Djaloukou. Nous faisons une tournée pour saluer différents membres de la famille de Lambert. Lorsque nous arrivons devant la buvette " escale ", Guillaume assure que de cet endroit on arrive à capter le réseau téléphonique. Ils sortent leurs appareils tout neufs et vérifient si la connexion est possible. En se plaçant bien, il paraît que ça passe. Mais plus loin, vers l'école ça marche encore mieux…

Devant l'école je m'extasie devant les piments qui sèchent sur une dalle de granit. Lambert, de son côté vérifie que Guillaume ne lui a pas menti. Quel contraste entre ces villages de brousse coupés du reste du monde et ces petites machines modernes. Ici, il n'y a pas d'électricité, pas d'eau courante. Les femmes pilent l'igname dans des mortiers en bois et écrasent les condiments sur des meules en granit. Pendant ce même temps une poignée d'hommes arrivent à téléphoner sur leurs petits appareils électroniques…

Je suis surpris par le coût important des communications téléphoniques au Bénin. Un simple appel local revient bien plus cher qu'en France. Lorsqu'on sait que les salaires béninois n'ont rien à voir avec ceux de France la disproportion devient énorme. Alors chacun tente de se débrouiller pour communiquer à moindre coût. Chacun " bipe " l'autre en espérant que ce dernier le rappellera. Comme les appels reviennent moins cher à l'intérieur d'un même réseau, ceux qui en ont les moyens possèdent deux ou trois téléphones avec une carte dans chaque réseau. Ils choisissent le téléphone qu'ils doivent utiliser en fonction du réseau de leur correspondant.

Pas de forfait à la française chez les différents opérateurs. Ici, chacun achète son téléphone. Le premier prix est à 30 000 francs CFA (45 euros) ce qui supérieur au SMIC et correspond à un mois de salaire d'un instituteur communautaire. On trouve des appareils plus sophistiqués, certains coûtent 500 000 francs CFA (763 euros). Ensuite on achète une carte SIM chez l'opérateur de son choix. Il faut compter en moyenne 20 000 francs CFA (30 euros). Ensuite il suffit d'acheter régulièrement des cartes de recharges d'unités téléphoniques prépayées afin de pouvoir utiliser son téléphone. Pour s'assurer que les consommateurs paieront régulièrement de nouvelles cartes de recharge, les opérateurs ont mis au point une arme terrible : lors de l'achat de la carte SIM, la durée de vie de l'abonnement est limitée à un mois. Pour ne pas perdre l'abonnement qui permet de recevoir des appels, ni son numéro, le consommateur est obligé d'effectuer 5000 francs CFA de recharge chaque mois. Ceux qui n'ont pas les moyens de s'acheter des cartes à 5000 francs peuvent prendre celles à 1000 francs mais la durée de vie de leur abonnement n'est prolongée que de 3 jours...

Chez Télécel, l'unité d'appel vers un poste téléphonique quelconque revient à 250 francs (0,4 euros) et 150 francs (0,23 euros) vers un autre poste Telecel. Pas de décompte à la seconde ici : celui qui se rate d'une seconde en tentant de "biper" un ami se voit facturer sa seconde d'appel à plein tarif. De même, les messageries vocales sont activées d'office et aucune information n'est donnée pour la désactiver. Celui qui tombe sur une messagerie et raccroche aussitôt car il ne veut pas laisser de message se voit facturer un appel. Une association de consommateurs aurait beaucoup à faire ici car le fonctionnement est très similaire chez les autres fournisseurs locaux (Areeba, Libercom, BBCom.)

Un simple calcul nous permet d'estimer que pour acheter un téléphone très simple et pour l'utiliser pendant un an, la dépense minimale est de 110 000 francs CFA. Ce qui représente tout de même 4 fois le SMIC (27 000 francs CFA) ou 3,5 fois le salaire mensuel d'un instituteur communautaire d'Etat. On ne peut pas dire que le téléphone soit un outil accessible à tous.

Ceux qui ne peuvent pas s'offrir ce luxe continueront donc à utiliser les cabines téléphoniques que l'on rencontre à tous les coins de rue.

Personnellement, je voulais profiter de ce séjour au Bénin pour vivre sans téléphone pendant un an. Mais ma recherche m'impose sans cesse de prendre contact avec des partenaires. J'ai donc cédé à la facilité et me suis équipé moi aussi d'un téléphone portable. J'ai d'abord pris l'accès le moins cher chez BBCom (Bell Bénin Communication) mais j'ai fini par abandonner ce réseau car il fonctionne très mal. Il était généralement impossible de me joindre et je ne pouvais pas téléphoner quand je le voulais. J'ai donc profité des promotions à Savè pour m'inscrire chez Télécel. Voici mon nouveau numéro : 00.229.95.36.64.68.

Depuis qu'il a son téléphone, Lambert se désole de ne pas recevoir beaucoup d'appels. Si vous voulez lui faire plaisir, n'hésitez pas à lui passer un petit coup de fil, il sera content. Pour le joindre depuis le Bénin, il faut composer le 95.36.72.48. Depuis la France, vous devez composer le 00.229.95.36.72.48. Si vous ne savez pas quoi lui dire, transmettez lui donc un grand bonjour de ma part.

Michel BOURBAO - Porto-Novo, le 11 décembre 2005.

 

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