Le Parc national du W

Au Bénin, il n'y a pas que la Pendjari où l'amateur peut rencontrer des animaux. Un autre parc se trouve au nord du pays : le W. Il est immense et s'étend sur deux pays voisins, au Burkina et au Niger. Il doit son nom étrange à un parcours sinueux du fleuve Niger, parcours en forme de W.

Avec mon ami Alain, nous y avons passé trois journées bien agréables mais nous n'y avons pas vu beaucoup d'animaux. Je pense qu'il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer le peu de rencontres. Le W est un parc encore jeune : il est immense et les aménagements sont limités. Les mares sont bordées par une végétation envahissante et les miradors souvent en construction.

les pistes commencent à être nombreuses (nous avons parcouru entre 500 et 600 km sans les explorer toutes) mais la végétation est trop dense. Lorsqu'on croise un animal, il a tendance à s'enfoncer immédiatement dans la brousse et disparaître. D'autant plus que la chasse et le braconnage sont encore des phénomènes récents ; les animaux semblent encore stressés par l'homme. Du coup, l'instant magique qui permet à l'homme et à la bête de s'observer mutuellement avec curiosité n'existe presque pas.

Un cobe de Buffon a eu la gentillesse de se figer pour nous observer. Cet instant de grâce nous a permis d'immortaliser le souvenir par une petite photo.

Voici les traces qui permettent de le suivre : ses excréments ont la forme de petites noisettes et s'agglutinent en grappes.

Ses sabots laissent deux empreintes bien distinctes.

Il est impossible de circuler dans le parc sans la présence d'un guide dans le véhicule. Nous avons donc retrouvé Aziz à Alfa-Kouara et sommes partis avec lui. Il a été adorable et nous nous sommes très bien entendus. Le premier soir, nous avons rejoint le poste de garde " point triple " au carrefour des frontières du Bénin, du Burkina et du Niger. Ses collègues forestiers étaient très sympathiques et nous ont accueillis avec beaucoup de chaleur. Nous avons pu camper seuls au bord de la rivière Mékrou dans l'espoir de voir les bêtes venir s'abreuver pendant la nuit ou au petit matin.

Nous n'avons vu qu'un tout petit scorpion qui était attiré par l'eau de notre jerrican. Aziz nous a proposé d'effectuer une marche avec Jacques, son collègue forestier. Nous sommes partis dès 6 heures, avant le lever du jour pour remonter contre le vent.

Nous avons ainsi assisté au lever du jour dans la brousse. Sensation féerique particulièrement délicieuse.

Jacques et Aziz ont tenu à ce que j'emporte mon GPS pour se permettre de s'aventurer hors des sentiers battus. Nous avons accepté avec plaisir et avec quelques frissons d'inquiétude.


Nous avancions en file indienne, chacun observant de son côté, tous les sens aux aguets.

Lorsque nous devions traverser de hautes herbes, Jacques préparait son fusil car le manque de visibilité rendait possible les rencontres brutales.

Nous sommes arrivés de nouveau sur les bords de la Mékrou. Il nous a suffi de redescendre le long des rives pour rejoindre la voiture quatre heures plus tard.

Jacques a deux techniques pour apprécier le sens du vent : soit il utilise son briquet, soit il laisse tomber des feuilles mortes ou du sable fin.
Les contacts avec les animaux ont été rares et brefs : un vieux buffle solitaire, quatre cobes de Buffon sous un arbre, un céphalophe de Grimm, un phacochère et un hippotrague. Nous n'avons pas pris de photo car ils étaient trop loin ou se sont enfuis trop vite.

Nous avons longuement discuté des traces que nous rencontrions en route. Du coup j'ai décidé de vous faire profiter de notre nouvelle science, pensant que ce serait toujours mieux qu'une page noire…

Voici deux traces qui permettent d'identifier le passage d'un buffle.

Le babouin laisse des empreintes différentes selon qu'il s'agit de ses membres antérieurs ou postérieurs.

Ses excréments peuvent évoquer ceux des hommes…

Au pied des baobabs, on trouve régulièrement les fruits dont il est friand. On surnomme d'ailleurs le fruit des baobabs le " pain de singe ".

Attention, les fauves arrivent…

La hyène laisse des traces bien perceptibles dans le sable. Son coussinet arrière est double et ses griffes bien visibles.

Ses excréments sont parfois entièrement blancs si elle ne s'est nourrie que d'ossements. Lorsque son menu comportait aussi de la viande, ils sont bicolores.

La trace du lion est plus grande et le coussinet arrière se partage en trois zones. Ses excréments sont généralement pleins de poils des proies qu'il ne digère pas. Il paraît, d'après nos guides, que parfois ils ne sont formés que d'une boule de poils.

Les phacochères sont herbivores, ça se voit du premier coup d'œil.

Un hippotrague (ou antilope cheval) a déployé ses grandes oreilles pour la photo.

Ses crottes ont la forme de petites olives aux extrémités aplaties. Lorsqu'elles sont blanches, cela signifie que la bête est allée lécher les termitières. Ces dernières sont naturellement un peu salines mais les gardes forestiers renforcent leur salinité en les arrosant d'eau salée.

A midi, nous rejoignons le poste de garde et avons une longue discussion avec les forestiers, collègues d'Aziz. Ils nous font partager leur grande expérience du monde sauvage. Nous évoquons en particulier les éléphants d'Alfa-Kouara que nous avions attendus la veille avec Karine.

Ils sont habituellement réguliers à la mare du site mais pour une fois ils ne sont pas venus boire dans la soirée. Voici donc une trace qui prouve qu'ils viennent bien…

Ils adorent manger les fruits de cet arbre épineux : les balanites-aegyptiaca.

Nous offrons le café à toute l'équipe. En retour, ils partagent leurs ignames grillés avec nous. L'échange culturel est complet, les esprits et les estomacs sont repus. Nous pouvons faire une petite sieste pour attendre que la chaleur passe.

Nous reprenons la piste pour rejoindre la mare Sapengou.

A la mare Sapengou, un bubale passe au loin. Nous sommes installés en haut d'un arbre, dans un mirador. L'animal ne nous voit pas ni ne nous sent mais son chemin ne passe pas au pied de notre arbre. Hélas !

Le soir nous rejoignons le campement des chutes de Koudou. Des tentures bleues attirent mon attention. Un garde m'explique qu'il s'agit d'une expérimentation pour piéger les mouches tsé-tsé. Je réalise que je me suis fait piquer par l'une de ces sales bêtes un peu plus tôt dans la voiture. Je n'en avais plus vu depuis mon voyage en Tanzanie et découvre qu'il y en a aussi au nord du Bénin.

Des tentes confortables sont installées sous tes toits de paille. Une salle de bain se trouve à l'arrière.

 


Nous nous sommes installés avant de repartir au crépuscule à la recherche des lions. Aziz nous a emmenés sur le lit de la Mékrou où nous avons patiemment attendu en écoutant les bruits du soir. De nombreux oiseaux nous entouraient et s'agitaient en tous sens. Soudain, sur la rive gauche, nous avons entendu un bruit de fuite éperdue. Deux cobes de Buffon filaient en bondissant dans la végétation. Ils ont traversé la rivière juste en face de nous, sans même nous remarquer. Nous avons attendu l'animal qui les faisait fuir. Un lion ? Il y avait des bruits qui se rapprochaient de la berge. Les oiseaux semblaient excités. Nous avons attendu, tendus et aux aguets. Rien n'est apparu mais nous avons senti la présence d'une bête toute proche. Lorsque nous sommes repartis, car il faisait nuit, Alain m'a avoué qu'il était plutôt inquiet à l'idée de se retrouver en face d'un lion alors que personne n'était armé. Il se demandait comment il fallait réagir dans ces cas là. Je savais qu'il fallait faire face au fauve et très lentement reculer sans lui montrer que nous avions peur. Mais cela reste très théorique et je n'en menais pas large moi non plus… Aziz nous a dit qu'il avait déjà rencontré des lions à cet endroit, plusieurs fois, sans qu'il n'y ait aucun problème.

Le lendemain, lever à 5 heures pour tenter à nouveau de voir des lions. La veille nous étions les seuls visiteurs du campement. L'équipe d'accueil nous avait préparé un délicieux repas mais rien n'était prévu pour le petit déjeuner.

Pas de souci avec Galinette, nous apportons notre cuisine ambulante et préparons un véritable café expresso.

Le petit pull est de rigueur car il fait bien frais. Au menu : pain brioché de Karimama et miel du centre Songhaï de Porto-Novo. Le grand luxe quoi…

Sur la piste, pas de lions. Des cobes de Buffon, deux buffles et un hippotrague.

Nous croisons une concentration étrange de termitières que je n'avais jamais vues auparavant. Aziz nous dit qu'il s'agit de termitières pyramidales.

Rien à voir avec les classiques termitières cathédrale qui se rencontrent dans toute l'Afrique.

Une autre sorte de termitière est construite autour des branches mortes que les termites dévorent.

Lorsque les termites ont fini de manger le bois, elles déménagent et abandonnent un tube creux de terre agglomérée. Aziz nous a indiqué son nom mais je ne m'en souviens plus.

Quelques informations pratiques : 4 points d'entrée permettent l'accès au parc du W. Des guides vous attendent à Banikoara, Kandi, Alfa-Kouara et Karimama. Le droit d'entrée du parc est fixé à 10 000 francs CFA pour les étrangers et 3000 francs CFA pour les Béninois. Le véhicule paie lui aussi un droit d'entrée de 3000 francs. On paie le guide 3000 francs à la journée ou 4500 francs pour une journée avec nuit. Il n'y a pas de plan ni de guide imprimé ; pour un géographe comme moi qui aime bien savoir où il est et où il peut aller c'est plutôt frustrant… Un campement vient d'être créé près de la mare 25. Il est tenu par un Français. Le campement des chutes de Koudou se trouve plus au sud. Il est possible de venir observer les éléphants à Alfa-Kouara. Ils ont l'habitude de venir boire à la mare qui se trouve près du mirador vers 17h00 et passent la nuit sur place. Un site Internet donne quelques informations supplémentaires : http://www.cenagref.firstnet.bj/

 

Michel BOURBAO -Porto-Novo (février 2006)

 

Voir d'autres pages qui présentent des animaux : le parc de la Pendjari au Bénin (Noël 2005), le Mole parc au Ghana (été 2005), le Serengeti et le Ngorongoro en Tanzanie (été 1990)

Vous pouvez consulter un site très intéressant qui présente les grands Mammifères du NIOKOLO-BADIAR au Sénégal (avec de nombreuses fiches techniques très précises sur les animaux) http://www.ird.sn/activites/ancienprg/ipmo/gdm/index.shtml

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